Noam Chomsky: la fabrication du consentement

Noam Chomsky est un linguiste américain reconnu dans sa discipline, devenu mondialement célèbre pour son activisme politique et ses critiques de la politique étrangère des États-Unis et d’autres pays. Chomsky se décrit comme un anarchiste socialiste, sympathisant de l’anarcho-syndicalisme, et est considéré comme une figure intellectuelle majeure de la gauche américaine. Plus généralement, il est une référence pour bon nombre de courants de gauche et d’extrême-gauche dans tous les pays occidentaux.

“Le fait est que le terrorisme fonctionne. Il n’échoue pas. Il réussit. La violence marche souvent. C’est l’histoire du monde. Deuxièmement, c’est une très grave erreur d’analyse que de dire, et c’est souvent le cas, que le terrorisme est l’arme des faibles. Comme d’autres moyens de lutte, c’est d’abord l’arme des puissants, écrasante en fait. On soutient que c’est l’arme des faibles parce que ce sont les puissants qui contrôlent les systèmes doctrinaux et de propagande, masquant leur propre terrorisme. Maintenant cette idée est presque universelle. Je ne trouve pas d’exception historique, même les pires assassins voient le monde de cette manière. Par exemple, les nazis ne considéraient pas propager la terreur dans l’Europe occupée mais plutôt protéger la population locale du terrorisme des partisans. Comme les autres mouvements résistants, ils étaient considérés comme terroristes, les nazis faisant alors de la lutte anti-terroriste”.

Biographie

Noam Chomsky est né le 7 décembre 1928 à Philadelphie, il est un linguiste américain. Professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology de 1955 à 2017, il a fondé la linguistique générative. Il s’est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l’étranger, par son parcours d’intellectuel engagé de tendance anarchiste. Chomsky a commencé à développer sa théorie de la grammaire générative et transformationnelle dans les années 1950 en cherchant à dépasser aussi bien l’approche structuraliste, distributionnaliste que comportementaliste dans l’étude du langage naturel. Visant à rendre compte des structures innées de la “faculté de langage”, cette théorie est souvent décrite comme la contribution la plus importante dans le domaine de la linguistique théorique du XXe siècle. En parallèle de sa carrière scientifique, Noam Chomsky mène une intense activité militante depuis le milieu des années 1960 lorsqu’il prend publiquement position contre la guerre du Viêt Nam. Sympathisant du mouvement anarcho-syndicaliste et membre du syndicat IWW, il donne une multitude de conférences un peu partout dans le monde et publie de nombreux livres et articles dans lesquels il fait part de ses analyses historiques, sociales et politiques. Ses critiques portent tout particulièrement sur la politique étrangère des États-Unis et le fonctionnement des médias de masse.

Opinion politique de Noam Chomsky

Chomsky est profondément opposé à ce qu’il appelle le “capitalisme d’État des grandes entreprises” (corporate state capitalism), qu’il dit pratiqué par les États-Unis et ses alliés. Il soutient de nombreuses idées de l’anarchiste Michel Bakounine, requérant que la liberté économique soit associée au “contrôle de la production par les travailleurs eux-mêmes, non les propriétaires et managers qui les dirigent et contrôlent toutes les décisions”. Il qualifie cette idée de “socialisme réel” et décrit le socialisme soviétique dans les mêmes termes de “contrôle totalitaire” que le capitalisme américain, indiquant que chacune de ces politiques est axée sur des types et niveaux de contrôle plutôt que sur l’organisation ou l’efficacité. Pour défendre cette thèse, Chomsky parle de la philosophie du taylorisme de Frederick Winslow Taylor, qui jette les bases organisationnelles du mouvement soviétique d’industrialisation de masse ainsi que du modèle corporatiste américain. En général, Chomsky n’apprécie pas d’être catalogué dans une catégorie politique traditionnelle, et préfère laisser ses points de vue parler pour lui. Ses principaux moyens d’expression sont la rédaction de livres et d’articles, ainsi que des conférences aux États-Unis et à l’étranger.

La propagande médiatique en démocratie

Le modèle de propagande présente cinq “filtres” mis en place par les médias de masse eux-mêmes et à travers lesquels ils déforment l’information qu’ils communiquent à la population, de manière à fabriquer son consentement.

  1. Taille, actionnariat, et recherche du profit: les médias de masse qui dominent le marché de l’information sont de grandes entreprises à but lucratif, qui servent par conséquent les intérêts de leurs propriétaires, eux-mêmes grandes entreprises ou fonds d’investissement. La taille d’un média résulte de sa capacité à attirer des investissements, et détermine en retour sa capacité à se doter des technologies nécessaires à l’obtention d’une audience effectivement massive. Sont pénalisés les médias dont les lignes éditoriales ne coïncident pas avec l’idéologie dominante parmi les potentiels actionnaires.
  2. La régulation par la publicité: puisque la majorité des revenus des médias provient de la publicité, et non pas des ventes ou abonnements, ils ne sont pas économiquement viables sans le soutien des annonceurs, et les annonceurs agissent par conséquent, et de fait, comme une autorité de régulation permettant à tel ou tel média d’opérer ou non. Ainsi les médias se doivent-ils de tenir compte des vues économiques et politiques des annonceurs qui les financent. Sont pénalisés les médias dont les audiences ne sont pas rentables du point de vue des annonceurs.
  3. Les sources d’information: les grandes entreprises et agences gouvernementales subventionnent les principaux médias et réduisent pour eux le coût d’accès à l’information en produisant eux-mêmes et de manière routinière de l’information, au travers de déclarations, dépêches, et conférences de presse notamment. Ainsi les médias ont-ils facilement accès à une information régulière qui satisfait le rythme de leurs productions éditoriales; et les pourvoyeurs de cette information gagnent eux accès aux contenus éditoriaux ainsi produits et massivement diffusés. Sont pénalisées les sources d’information qui ne sont pas considérées comme habituelles ou propres à suivre le rythme de travail des médias de masse.
  4. Contre-feux et autres moyens de pression: les “contre-feux” sont des réactions négatives au contenu éditorial produit par un média, et qui peuvent prendre la forme de déclarations ou de poursuites judiciaires par exemple. Plus la personne ou l’institution qui organise le contre-feux est puissante, et plus le contre-feux peut être coûteux et dévastateur pour le média ciblé. La perspective seule de provoquer un contre-feux de la part de certaines personnes ou institutions suffit à causer un phénomène d’auto-censure parmi les médias. Sont pénalisées les opinions qui seraient de nature à nuire aux intérêts de personnes ou institutions puissantes.
  5. L’anticommunisme: ce filtre consistait en la pression subie par les médias pour ne pas exprimer d’opinions qui puissent être, de près ou de loin, considérées comme favorables au communisme. La pression provenait tant des agences gouvernementales que des grandes entreprises et conduisait les médias, sinon à promouvoir, au moins à ne pas questionner le libéralisme économique et la politique étrangère des États-Unis dans le contexte de la Guerre froide. Selon Chomsky, la Guerre contre le terrorisme a depuis remplacé l’anticommunisme comme principal mécanisme de contrôle social.

La fabrication du consentement est un essai de 1988 co-écrit par Edward S. Herman et Noam Chomsky sur l’industrie médiatique aux États-Unis.

Noam Chomsky est plus souvent cité qu’aucun autre universitaire vivant pendant la période 1980–92. Il occupe la huitième position dans la liste des auteurs les plus cités. Il est considéré comme une figure intellectuelle majeure du monde contemporain, à la fois controversée et admirée.

Sources: wikipedia