Ga Bu Zo Meu

Volatiles ronds hissés sur de longues pattes, les Shadoks sont bêtes et méchants. Leur langue se compose de quatre mots monosyllabiques: Ga, Bu, Zo, Meu. Les Shadoks passent principalement leur temps à construire des machines absurdes et à pomper. Ils habitent une planète aux formes changeantes, tant bien que mal occupée sur le dessus par les Shadoks dont les jambes vont vers le bas, et par le dessous par les Shadoks dont les jambes vont vers le haut. Certains tombent parfois dans le vide intergalactique. Leur objectif est de partir sur la Terre, ce qu’ils tentent de faire sans succès: leurs ailes sont trop petites pour voler et leurs inventions sont ratées.

Les aventures des Shadoks, créatures imaginées par Jacques Rouxel, font irruption à la télévision française en avril 1968, avec leur graphisme simple et une voix off pleine d’emphase: celle du comédien Claude Piéplu. L’iconoclaste feuilleton d’animation n’a pas laissé les téléspectateurs des années 1960 indifférents, suscitant même l’une des premières grandes polémiques de la télévision nationale. En moins d’une semaine, la France se divisait entre shadokophiles, amusés par cette folie douce, et shadokophobes, choqués par une liberté de ton qui aura devancé de peu Mai 68. Chaque camp inonde alors la chaîne de courriers. Le phénomène est tel que la télévision d’Etat propose à Jean Yanne une savoureuse émission quotidienne sur le sujet: “Les Français écrivent aux Shadoks”.

Source: Le Monde.